La Franc Maçonnerie et les Rites Maçonniques : opératifs et spéculatifs

Origines des Rites Maçonniques


Au XVIIème siècle, les rituels maçonniques, beaucoup plus simples que ceux du siècle qui suivra, n'étaient pas censés être écrits et n'étaient jamais imprimés. Ils ne sont plus connus de nos jours que grâce à un très petit nombre de notes manuscrites ayant échappé à la règle et au temps, ainsi que par quelques anciennes divulgations. L'étude de ces documents montre qu'ils évoluèrent assez considérablement au fil du temps.
Au XVIIIème siècle, après la réorganisation des pratiques consécutive à la fondation des premières Grandes Loges, les Ancients et les Moderns pratiquent de nouveau des Rituels assez similaires, qui ne se distinguent que par un assez petit nombre de points remarquables, tels que la place de certains éléments symboliques, la manière de transmettre les mots de passe, ou une référence plus ou moins importante à la religion chrétienne.
Cependant, dès les années 1740, on voit apparaître de nouvelles divergences, à côté des Rituels traditionnels des trois premiers Degrés, sous la forme de plusieurs centaines de Rituels de Degrés additionnels dits de "Hauts Grades" dont beaucoup n'étaient que des variantes les uns des autres, ou restèrent à l'état de projets, ou ne furent en réalité jamais vraiment pratiqués. Cette multiplication des Rituels maçonniques aboutit à diverses initiatives visant à normaliser les pratiques et à les rassembler en ensembles cohérents et stables : les Rites maçonniques.

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Rite des Anciens Devoirs

En 1337, lorsque la guerre de Cent Ans débuta, le besoin de soldats et d'argent fit fermer les chantiers d'architecture gothique en Angleterre. Un syndicat fut créé pour fournir du travail aux maçons qui n'étaient pas partis à la guerre et se retrouvaient "au chômage". Cette société de maçons alors composée uniquement de compagnons et de maîtres ne recevait en son sein que des apprentis. Leur réception se faisait au cours d'un rite au cours duquel on lisait au récipiendaire un livre consignant l'histoire légendaire du métier, un éloge des sept arts libéraux et les diverses règles morales à respecter dans le métier et dans sa vie "de citoyen".
Ce premier rite maçonnique, qui nous est connu par divers manuscrits et qui demeura en vigueur jusque vers 1729, préconisait une spiritualité née d'une sorte de synthèse entre la République de Platon (qui fondait l'élévation morale sur l'apocalyptique) et la règle monastique de Saint Benoît.

Cette cérémonie de réception comprenait trois moments successifs:
  • Le nouveau membre pose la main sur le livre des Devoirs du métier, pendant qu'on lui donne lecture des préceptes qu'il contient.
  • Une brève exhortation solennelle, exigeant du postulant le respect de ces règles.
  • Un avertissement enfin, exposant au postulant qu'il commettrait une grave faute, devant Dieu, s'il manquait à sa parole de respecter ces devoirs.
Elle diffère du Rite du Mot de maçon d'origine calviniste qui apparaîtra plus tard en Écosse, entre 1628 et 1636, par deux particularités:
  • Elle ne comprend pas de transmission de signes ou mots secrets.
  • Son serment se prête sur le « Livre des devoirs » du métier, et non pas sur la Bible, conformément aux usages catholiques et anglicans et à l'interdiction contenue dans l'Évangile, Mt. 5,34-36.

Rite du Mot de Maçon

Créé vers 1637 en Écosse, le Rite du Mot de Maçon,  serait le plus ancien Rite de la Franc-Maçonnerie spéculative.
L'expression Mason's Word qui est à l'origine du "Mot de Maçon" est sans doute calquée sur l'expression God's word, soit "Mot de Dieu". C'est par cette expression que les calvinistes d'Écosse désignaient en effet la Bible, référence entre toutes, la Sola Scriptura de Luther. En utilisant cette expression de "Mot de Dieu", les calvinistes entendaient revenir à un christianisme authentique, antérieur aux pratiques de l'Église des catholiques romains, ces derniers étant considérés par eux comme des "idolâtres" et des "gothiques", allusion à la construction des cathédrales en France et sur le reste du continent européen.

Pour comprendre l'histoire du Rite du mot de Maçon, il faut d'abord en rappeler le contexte : en premier lieu, l'arrivée du réformateur calviniste John Knox (1514-1572) en Écosse (1555 puis en 1559 pour y fonder la Réforme), fut à l'origine de profonds bouleversements sur le plan de l'organisation des confréries jusqu'alors catholiques. Suite à leurs nouvelles conversions, ceux des Francs-Maçons qui étaient devenus presbytériens souhaitèrent à leur tour réformer la pratique des anciennes règles et revenir à une lecture seulement scripturaire* des Devoirs (charges).
La réorganisation des Devoirs entraîna de nombreux changements dans les loges opératives qui devinrent plus ouvertes à la libre interprétation des Écritures selon le principe de la liberté de jugement des réformateurs.
De plus l'abolition du culte des Saints, le rejet de l'esthétique catholique et la controverse de l'époque au sujet de l'art de mémoire amena les francs-maçons des loges presbytériennes à développer une méthode de symbolisation fondée davantage sur des dialogues et des métaphores littéraires plutôt que sur les symboles graphiques des Anciens Devoirs.

Les témoignages comprenant l'expression de Mason Word sont nombreux et furent en leur temps examinés par le maçonnologue David Stevenson. Cela représente en tout une vingtaine de textes écossais rédigés au XVIIème siècle et une douzaine de textes britanniques du XVIIIéme siècle.
Le Rite du Mot de maçon aurait été élaboré au sein de la loge calviniste de Kilwinning entre 1628 et 1637.
Les plus anciens documents le concernant mentionnent un rituel qui consiste à recevoir en loge un nouveau membre en lui donnant une poignée de main (origine de la "griffe") pendant qu'on lui communiquait oralement le nom des deux colonnes du Temple de Salomon en référence au passage biblique de l'Epître de Paul aux Galates (Gal 2,9) rappelant l'échange des poignées de la main droite (main de vérité) entre Jacques, Pierre et Jean d'une part, et Paul de Tarse de l'autre 9.
Les documents plus tardifs, et notamment le « Manuscrit d'Édimbourg » (Edinburgh register house) qui date de 1696 et qui était le rituel de la loge « Canongate-Kilwinning »10,11, font apparaître des évolutions notables dès cette époque. Ils mentionnent notamment un « cathéchisme » par questions et réponses, la pratique des cinq points du compagnonnage12, ainsi que la transmission d'un mot supplémentaire en "M.˙.B.˙." au second grade.

* Scriptutaire : Interprétation stricte des Saintes Ecritures.


Rite des Moderns

C'est le nom qui sera donné par ses adversaires au Rite maçonnique pratiqué par la Grande Loge de Londres à l'époque des Constitutions d'Anderson, vers 1723. Constitué à partir du Rite des Anciens Devoirs et du Rite du Mot de maçon, il fusionnera dans le Rite des Antients en 1813.

Rite des Antients

Cliquez pour agrandir l'imageC'est le Rite maçonnique pratiqué par la grande loge dite des Antients, et notamment par la loge d'York en 1756. Ses constitutions furent publiées sous le nom de Ahiman Rezon. Fusionné au Royaume-Uni avec le Rite des Moderns en 1813, il se prolonge dans le Rite d'York en Amérique du Nord.





L'on remarquera sur les armoiries ci-contre, la présence de l'Homme, l'Aigle, le Lion et le Taureau, représentant les quatre Evangélistes dans sa dimension Chrétienne ou la Vision d'Ezechiel dans sa dimension Vétéro-Testamentaire.

Le Rite d'Adoption

Le Rite d'Adoption est un apparu au XVIIIème siècle en France, où il était pratiqué par les Loges féminines dites Loges d'Adoption. Du fait de son symbolisme particulier, très différent de celui des autres Rites, notamment en ce qu'il ne se réfère pas à la construction du Temple de Salomon, il n'est pas considéré comme véritablement maçonnique par nombre d'auteurs. Il a presque totalement disparu depuis la fin du Premier Empire et n'est plus conservé aujourd'hui que dans une seule loge de la Grande Loge féminine de France.

Rite d'York

Le rite d'York est l'un des rites maçonniques les plus pratiqués aux États-Unis. On le retrouve très minoritairement en France au sein du Grand Orient de France (GODF), de la Grande Loge nationale française (GLNF), de la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra (GLTSO) ou du Droit humain (DH).
Le développement du rite d'York coïncide avec l'expansion de la Grande Loge des Antiens au début du dix-huitième siècle. Plus "christique", cette pratique rituelle sera même défendue par Laurence Dermott dans son Ahiman Rezon.
Si le rite d'York connaît sa genèse en Écosse, ce sont les Francs-Maçons irlandais qui contribueront à l'exporter en Amérique du Nord au dix-huitième siècle et au début du vingtième siècle.
Il prend sa dénomination de Rite Américain par distinction avec le Rite Emulation qui se codifie lorsque les loges des Antiens et des Modernes s'unissent en 1813. Les États-Unis, absentes de l'union entre deux conceptions de la franc-maçonnerie qui voit le jour en Grande-Bretagne, gardent ainsi toute l'originalité et l'authenticité de ce rite.
Il n'est pas rare aux États-Unis que le rite d'York soit pratiqué en binôme avec le rite écossais ancien et accepté. Ce constat a encouragé la création en 1957 à Détroit du Collège du rite d'York afin de défendre le rite et d'en faire sa promotion.


Voir aussi Grades et Degrés - Rite D'York


Rite Suédois

Cliquez pour agrandir l'imageLe rite Suédois est un Rite maçonnique pratiqué principalement dans les pays scandinaves : Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède. Il existe également dans une forme nuancée en Allemagne et dans quelques loges à l'extérieur de la Scandinavie.
L'histoire de ce rite est liée à l'implication de la Stricte Observance dans la Franc-Maçonnerie en Europe du Nord. Il fut créé en 1759 en Suède par Carl Friedrich Eckleff sur une base largement chrétienne et templière.
Celui-ci connaîtra deux modifications en 1780 et en 1801 afin de connaître sa forme actuelle.
Le rite suédois fut indubitablement lié au pouvoir politique. Ainsi, depuis 1774 jusqu'à 1997, tous les Grands Maîtres furent apparentés à la maison royale de Suède.

Le Rite Suédois est organisé en 10 Degrés répartis sur une structure en triptyque et sa pratique exige du Franc-Maçon qu'il se déclare et soit chrétien :

Degrés de « Saint Jean » :
1 Apprenti,
2 Compagnon,
3 Maître maçon.

Degrés de « Saint André l'Écossais » :
4 Apprenti,
5 Compagnon,
6 Maître de Saint André.

Degrés du « Chapitre » :
7 Haut Illustre Frère (ou Chevalier de l'Est),
8 Très Haut Illustre Frère (ou Chevalier de l'Ouest),
9 Frère Illuminé,
10 Frère Haut Illuminé.
Les Degrés qui suivent sont des Degrés administratifs :
11 Frère Très Haut Illuminé,
12 Chevalier Commandeur de la Croix Rouge. (Croix de Saint Georges)
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Rite du Royal Secret

Cliquez pour agrandir l'imageL'Ordre du Royal Secret, souvent appelé aussi "Rite de Perfection", fut la principale composante du Rite Ecossais Ancien et Accepté fondé à Charleston (Caroline du Sud) en 1801.
Cet Ordre comportait 25 grades dont le dernier était le "Sublime Prince du Royal Secret", aujourd'hui 32e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
L'origine et la diffusion en France de ce Rite, qui revendiqua une fondation en 1762, font aujourd'hui encore l'objet de débats entre les historiens.
C'est muni d'une patente française l'autorisant à le diffuser dans le Nouveau Monde qu'Étienne Morin le développa aux Antilles à partir de 1765 et c'est à partir de la patente de Morin qu'Henry Andrew Francken le transmit en Amérique du Nord.

Rite Ecossais Rectifié

Codifié à Lyon, France, en 1778, il est encore pratiqué aujourd'hui par de nombreuses Loges, principalement en Europe.

Voir aussi Grades et Degrés - Rite Ecossais Rectifié

Rite Français

On peut dater la codification de ce Rite aux environs de 1786, en France. Inspiré du Rite des Moderns, il est toujours aujourd'hui le Rite le plus pratiqué en France, notamment au sein du Grand Orient de France, ainsi qu'au Brésil. Il est également présent dans de nombreuses Loges en Europe et à travers le monde. Il en existe différentes variantes, tel le "Rite Français Rétabli".

Voir aussi Grades et Degrés - Rite Français

Rite Ecossais Ancien et Accepté

Fondé en 1801 à Charleston (Caroline du Sud), à partir de rituels d'origine française, il est pratiqué par plusieurs milliers de loges symboliques en Europe, auxquelles s'ajoutent plusieurs milliers d'Ateliers de "Hauts Grades" maçonniques de par le monde.

Voir aussi Grades et Degrés - Rite Ecossais Ancien et Accepté

Rite de Misraïm

Développé en France vers 1810 par les FF.˙. Bédarride, il est aujourd'hui l'une des composantes des Rites maçonniques dits « égyptiens ».
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Rite Emulation

Codifié en Angleterre vers 1823, à la suite de la réunion "des Antients et des Moderns", le rite émulation ou "style émulation" est pratiqué aujourd'hui par plusieurs milliers de Loges, principalement au Royaume-Uni et dans les anciennes colonies britanniques. Le Rite Emulation se distingue par son "oralité". Il faut donc connaître par coeur ce Rituel et l'on doit également se remémorer comment circuler à l'intérieur du Temple. Dès lors, le Franc-Maçon  l'intègre en lui et il en vient à ce que le rituel fasse parti de lui-même.
Le Maçon du Rite Émulation mène sa quête vers l'essentiel par le dépouillement. Chaque mot du rituel est à sa place avec tout son sens et sa force. Une lecture attentive, régulière et soutenue du rituel n'abêtit pas le Franc-Maçon et n'affadit pas le texte qu'il apprend. La couleur, le relief et la saveur des mots, leur sens profond et caché n'apparaissent le plus souvent qu'après un long travail et après s'être soi-même effacé et arraché du quotidien.


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